Nomination d’un conseiller spécial en matière de communication : une manœuvre institutionnelle pour créer un « rival » [Tribune]

*Une nomination stratégique pour marginaliser le gouvernement

La nomination récente d’un conseiller spécial du chef de l’État en matière de communication s’inscrit dans une stratégie calculée visant à écarter, voire à éloigner, le gouvernement Suminwa II de la gestion de la crise sécuritaire.

Cette manœuvre, à la tendance diabolique, trouve son origine dans le malaise suscité par le succès du ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya. 

En sa qualité de porte-parole du gouvernement, ce dernier a su imposer un récit offensif contre l’agresseur désigné de la RDC.

Les détracteurs de Patrick Muyaya n’ont pas supporté de le voir accompagner systématiquement le président de la République, que ce soit à Washington, à Doha ou dans tous les processus de paix engagés à travers le monde en faveur de la RDC.

L’appropriation personnelle de ces processus de paix par le ministre, défendant avec force la position de la RDC et de son président, Félix Tshisekedi, n’a pas été du goût de ceux qui lui reprochent de parler au nom du gouvernement et du chef de l’État à la fois.

La création d’un « rival », une manœuvre institutionnelle

Tina Salama et Farah Mwamba n’ayant pas de fonctions exécutives directes en la matière, la solution a été trouvée dans la création d’un poste méconnu de la nomenclature légale du cabinet présidentiel, afin de doter ce dernier d’un interlocuteur disposant d’un statut équivalent, à celui du ministre Muyaya. 

L’objectif : l’empêcher de rester au cœur de la communication sur les actions présidentielles liées à la crise sécuritaire.

Sur le papier, il s’agit d’offrir au président une expertise en communication – ce qui peut sembler utopique. Mais dans les faits, la mission de ce nouveau poste est tout autre : soustraire à Muyaya toute position centrale dans l’opérationnalisation de la communication d’État, notamment sur les actions du président face à l’insécurité.

Contradiction avec l’architecture constitutionnelle du pays

Malheureusement pour les concepteurs de ce plan machiavélique, le régime semi-présidentiel de la RDC, qui régit les relations entre l’exécutif et le législatif, fait du gouvernement une entité responsable devant l’Assemblée nationale, ce qui n’est pas le cas du président de la République.

La Constitution congolaise elle-même, qui consacre le bicéphalisme de l’exécutif, attribue au premier ministre la charge de gouverner, et au président de la République celle de régner.

Un gouvernement qui gère au quotidien dispose de toutes les prérogatives constitutionnelles pour traiter de la crise sécuritaire, en accord avec le président.

Le risque d’un télescopage institutionnel

La situation actuelle, à l’inverse, relève d’une dérive présidentialiste de plus en plus marquée, qui ne saurait, sauf à la force des choses, créer de la place pour un « spécial-com » du chef de l’État au détriment du porte-parole attitré du gouvernement.

Si la présidence caresse l’idée de neutraliser Patrick Muyaya pour mettre en lumière son nouveau conseiller, il serait temps d’y renoncer, sous peine de provoquer un télescopage institutionnel aux conséquences imprévisibles pour l’image du pays auprès de ses partenaires.

Dans l’hypothèse où cette interprétation serait erronée, aucune urgence ne saurait justifier la création d’un poste de conseiller spécial du chef de l’État en matière de communication.

Ambroise Mamba Ntambwe, Journaliste et chercheur en sciences politiques

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