RDC : la guerre de l’Est n’est pas une guerre régionale, mais une guerre géoéconomique mondiale [Tribune]

Depuis trop longtemps, la guerre qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo est présentée comme un simple conflit régional opposant la RDC à ses voisins, notamment le Rwanda, à travers des groupes armés comme le M23/AFC. 

Cette lecture est non seulement réductrice, mais dangereusement trompeuse. Elle empêche les Congolais de comprendre la véritable nature du conflit et condamne le pays à répéter les mêmes erreurs stratégiques.

UNE GUERRE POUR LES MINERAIS, PAS POUR LES FRONTIÈRES 

La réalité est claire : la guerre à l’Est de la RDC est avant tout une guerre géoéconomique. Elle s’inscrit dans la rivalité mondiale pour le contrôle des minerais stratégiques indispensables aux industries du futur. 

Dans cette bataille globale, les puissances occidentales, principalement les États-Unis et leurs alliés, cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement face à la montée en puissance de la Chine.

Le Rwanda et l’Ouganda ne sont pas les véritables centres de décision. Ils agissent comme des relais régionaux, des instruments locaux d’une stratégie qui les dépasse. Les groupes armés ne sont que les bras opérationnels d’un système de prédation structuré.

L’ ILLUSION DE LA MÉDIATION OCCIDENTALE 

En acceptant des processus diplomatiques placés sous le parrainage exclusif de puissances directement impliquées dans cette rivalité, le pouvoir de Kinshasa a commis une faute stratégique majeure. On ne peut être à la fois juge, médiateur et bénéficiaire d’un conflit.

Lorsque des puissances étrangères exigent le retrait d’un groupe rebelle d’une ville précise tout en fermant les yeux sur l’occupation d’autres territoires, il ne s’agit pas de diplomatie, mais d’une gestion sélective du chaos. Cette approche ne vise pas la paix durable, mais la reconfiguration progressive du territoire congolais.

UNE BALKANISATION PROGRESSIVE ET DÉGUISÉE 

La résurgence soudaine du discours sur le fédéralisme, portée par certains acteurs armés et politiques, n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une logique de fragmentation de l’État congolais. 

Diviser le Congo en entités plus petites, plus faibles et plus dépendantes faciliterait le contrôle des zones les plus riches en ressources naturelles.

La balkanisation ne se fait pas par proclamation officielle, mais par l’usure, la guerre prolongée et des accords présentés comme des solutions de paix alors qu’ils consacrent une perte de souveraineté.

LES ACCORDS DE WASHINGTON ET DE DOHA :  DES INSTRUMENTS DE DÉPOSSESSION 

Les accords négociés à Washington ou à Doha sont souvent présentés comme des avancées diplomatiques. Pourtant, conclus dans un contexte de guerre, de pressions et de déséquilibre des forces, ils portent les marques d’une capitulation politique. 

Ces textes engagent l’avenir du pays sans véritable débat national et hypothèquent les ressources congolaises pour plusieurs générations.

Un État fragilisé par la guerre ne peut signer des accords réellement équitables.

RESPONSABILITÉS INTERNES ET CRISE DE GOUVERNANCE 

Il serait malhonnête d’attribuer l’ensemble des responsabilités à l’extérieur. La crise est aggravée par une mauvaise gouvernance chronique : clientélisme, népotisme, corruption, tribalisation du pouvoir et répression politique. 

Au moment où l’unité nationale est indispensable, les atteintes aux libertés publiques et le refus d’un dialogue national inclusif affaiblissent la cohésion du pays.

Un peuple divisé est un peuple vulnérable.

CHANGER DE CAP : URGENCE D’UNE NOUVELLE DOCTRINE NATIONALE 

La RDC doit rompre avec la naïveté stratégique. La solution ne viendra ni de Washington, ni de Kigali, ni de Doha. Elle passera par :

• un dialogue national inclusif, sous médiation congolaise ;

• une réorientation de la diplomatie, fondée sur l’équilibre et la diversification des partenariats ;

• un audit des accords et contrats conclus en contexte de guerre ;

• la reconstruction d’une armée nationale véritablement souveraine ;

• la restauration de la confiance entre l’État et le peuple.

   À RETENIR 

La guerre à l’Est du Congo révèle une vérité essentielle : sans lucidité géopolitique, sans unité nationale et sans souveraineté réelle, même un pays immensément riche peut devenir le champ de bataille permanent des autres.

Le salut du Congo ne viendra pas de la soumission à des agendas extérieurs, mais d’un sursaut national, d’un leadership courageux et d’un refus ferme de toute balkanisation déguisée sous le masque de la diplomatie.

Fait à Kinshasa le 21 décembre 2025  

Par Moussa Kalema Sangolo-Zaku

Président National et Membre du Bureau Politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR), Membre du Bureau Politique du FCC Membre du Bureau Politique du FCC

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