À Beni, le débat sur les journées « sans activité », régulièrement observées comme moyen de protestation contre l’insécurité persistante, continue d’alimenter les échanges entre acteurs politiques, forces vives et citoyens.
Si leurs initiateurs les présentent comme un levier de pression sur les autorités, leurs détracteurs estiment qu’elles aggravent les difficultés économiques d’une population déjà durement éprouvée par des années de violences.
Invité ce samedi 11 juillet 2026 dans une émission de débat politique diffusée sur une chaîne radio de Beni, Me Achille Kapanga, cadre politique et ancien maire de Beni, a livré une lecture critique de cette forme de mobilisation citoyenne.
Selon lui, les journées « sans activité » ne constituent pas une stratégie efficace pour obtenir des avancées concrètes en matière de sécurité et de gouvernance.
L’ancien maire considère que cette pratique pénalise avant tout les couches sociales les plus vulnérables, notamment les petits commerçants, les vendeuses des marchés, les conducteurs de motos-taxis, les journaliers ainsi que les jeunes dont les revenus dépendent des activités quotidiennes.
« Certains politiciens utilisent la détresse de la population comme une arme pour exister. Il y a moyen de changer les choses sans faire du bruit », a déclaré Me Achille Kapanga au cours de l’émission.
À ses yeux, une contestation responsable doit produire des résultats sans compromettre les moyens de subsistance des habitants.
Il rappelle que Beni traverse depuis plusieurs années une crise sécuritaire caractérisée par les attaques de groupes armés, les déplacements de populations, les perturbations des activités agricoles et la fermeture périodique de plusieurs établissements scolaires.
Dans un tel contexte, ajoute-t-il, chaque journée de paralysie économique représente une perte importante pour des milliers de familles qui vivent essentiellement des recettes journalières.
Tout en reconnaissant le droit des citoyens d’exprimer leur indignation face à la persistance de l’insécurité, Me Achille Kapanga appelle à privilégier des formes de revendication plus ciblées et plus efficaces.
« Nous devons être intelligents dans notre lutte. Condamner, oui. Manifester, oui. Mais pas en affamant nos propres frères. Le vrai leadership, c’est proposer des solutions au lieu de manipuler la peur des gens », a-t-il insisté.
Pour ce cadre politique, le leadership ne se mesure pas à la capacité de bloquer les activités économiques, mais plutôt à l’aptitude à formuler des propositions crédibles susceptibles d’influencer les décisions publiques.
Il estime que les responsables politiques, les mouvements citoyens et les organisations de la société civile devraient renforcer le dialogue avec les institutions et multiplier les actions de plaidoyer afin d’obtenir des réponses durables aux préoccupations de la population.
L’ancien candidat à la députation nationale invite également les jeunes à faire preuve de discernement avant de répondre aux différents appels à la mobilisation.
Selon lui, chaque mot d’ordre mérite d’être analysé afin d’en identifier les véritables objectifs ainsi que les conséquences économiques et sociales qu’il pourrait entraîner.
Cette prise de position intervient dans un contexte où les appels aux journées « sans activité » reviennent régulièrement dans la région de Beni pour dénoncer la persistance des violences et réclamer une amélioration de la situation sécuritaire.
Elle relance ainsi le débat sur l’efficacité des différentes formes de contestation citoyenne dans une région confrontée depuis plusieurs années à des défis sécuritaires majeurs.
Au-delà des divergences d’approche, les préoccupations exprimées par Me Achille Kapanga mettent en lumière la nécessité de concilier le droit de manifester avec la protection des activités économiques indispensables à la survie de nombreuses familles.
Son intervention rappelle enfin que la recherche de solutions durables passe autant par la mobilisation citoyenne que par des initiatives capables de préserver la résilience économique d’une population qui continue de subir les conséquences d’un conflit prolongé.
Dans un environnement marqué par l’insécurité et la fragilité économique, le défi demeure de construire des mécanismes de revendication qui interpellent efficacement les autorités sans compromettre davantage les conditions de vie des habitants, dont les attentes restent centrées sur le retour de la paix, de la sécurité et du développement.
Héritier Kazadi Ngoy






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