13 Aban (4 novembre) : Quand la jeunesse iranienne a dit non à l’ingérence (Par Amir Hosseini, Ambassadeur de la République Islamique d’IRAN)

Introduction : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et les racines de l’aspiration à l’indépendance dans le monde en développement

L’histoire des nations est jalonnée de moments décisifs où se dessine une ligne rouge entre l’indépendance authentique et l’ombre de l’ingérence étrangère. Pour les sociétés et les peuples dont la mémoire historique porte encore les souffrances et les séquelles des politiques coloniales, des ingérences occultes et du pillage des richesses nationales, la défense de la souveraineté nationale n’est ni une notion abstraite ni un simple slogan politique: c’est une nécessité vitale pour préserver les ressources, l’identité, la dignité et les intérêts de la nation. 

Dans le calendrier historique de l’Iran, le 13 Aban (4 novembre) incarne de manière éclatante la résistance consciente de la jeunesse étudiants et lycéens – face à l’ingérence ouverte de puissances étrangères dans les affaires intérieures du pays, ainsi que la ferme détermination d’un peuple à rester maître de son destin. 

L’examen des différentes dimensions de cette journée historique importe non seulement pour comprendre l’évolution politique de l’Iran, mais aussi pour mieux saisir les défis communs que rencontrent les pays en développement sur le chemin de l’indépendance.

1. Retour sur le 13 Aban

Les événements historiques du 13 Aban ne sont ni le fruit du hasard ni celui d’une effervescence passagère. Ils sont nés au croisement de plusieurs événements politiques et sociaux profonds, ayant tous pour axe central la lutte contre la domination étrangère et la dépendance structurelle:

L’exil de l’Imam Khomeini (4 novembre 1964/13 Aban 1343): sa protestation courageuse et résolue contre la loi dite de << capitulation », qui accordait l’immunité judiciaire aux conseillers américains en Iran, marqua un tournant dans la lutte anticoloniale. Accorder l’immunité à des conseillers étrangers revenait à fouler aux pieds l’indépendance de la justice, à humilier la souveraineté nationale et à ignorer les lois du pays. 

Cette protestation de principe contraignit le régime de l’époque à arrêter le guide du mouvement et à l’exiler en Turquie une décision qui montra clairement à quel point l’ingérence des conseillers américains pesait sur les rouages de la décision politique du pays.

Dans ce même esprit, l’Imam Khomeini, évoquant la nature coloniale de telles ingérences et la nécessité de préserver l’indépendance du pays, a déclaré en insistant sur le rejet de toute domination étrangère: « Nous voulons que notre pays soit indépendant, qu’il décide par lui-même… L’Amérique doit comprendre que la nation iranienne ne renoncera pas à ses intérêts nationaux et islamiques.

Le martyre des lycéens (4 novembre 1978/13 Aban 1357): des années plus tard, le même

jour, des lycéens et des jeunes, conscients et pleins de ferveur, rassemblés sur le campus de l’Université de Téhéran pour faire entendre au monde leur soif de justice, d’indépendance et de liberté, furent la cible de tirs directs des forces militaires et sécuritaires du régime fantoche des Pahlavi et tombèrent sous les balles. 

Le martyre de ces jeunes innocents redoubla la détermination de la nation à s’affranchir définitivement du joug de la dépendance et révéla la nature répressive d’un régime qui sacrifiait les enfants de ce pays pour préserver les intérêts de ses protecteurs étrangers.

2. Archives historiques et diplomatie de l’ingérence: du coup d’État de 1953 à la crainte d’une répétition de la tragédie

L’accès des étudiants, à l’automne 1979 (Aban 1358), aux documents confidentiels de l’ambassade des États-Unis est intervenu dans un climat de vives craintes, nées d’amères expériences historiques. 

Le coup d’État meurtrier du 28 Mordad 1332 (19 août 1953)- par lequel le gouvernement national et légal de l’Iran fut renversé à la suite d’interventions orchestrées par la CIA et les services de renseignement occidentaux, et qui fit voler en éclats les acquis du mouvement de nationalisation du pétrole restait une plaie encore ouverte dans la mémoire collective du peuple iranien.

En examinant les documents de l’ambassade américaine et en suivant de près l’évolution de la situation après la victoire de la Révolution, les étudiants craignaient que la représentation diplomatique américaine ne redevienne le centre névralgique des complots, de la mise en place de réseaux d’influence et de la préparation d’un coup d’État visant à replacer le pays sous tutelle. 

Les documents et pièces mis au jour au cours des années suivantes ont clairement montré que l’ambassade américaine avait, dans de nombreux domaines, outrepassé ses fonctions diplomatiques habituelles et s’était livrée à la collecte de renseignements sécuritaires, à l’ingénierie de courants politiques et au soutien d’éléments inféodés à l’étranger, dans le but d’affaiblir la souveraineté nationale.

3. Héritage colonial et mémoire historique partagée du monde en développement

Des notions fondamentales telles que la décolonisation, la souveraineté nationale, la lutte contre le pillage des richesses nationales et le rejet de la domination étrangère tissent des points de convergence et une profonde solidarité entre les mémoires historiques des peuples du monde en développement.

Pour les peuples qui ont subi l’ingérence des puissances coloniales, une évidence s’impose: l’objectif premier des colonisateurs est de s’emparer des ressources, de contrôler les marchés et de brider la volonté politique des États. La présence et l’ingérence, tantôt occultes, tantôt ouvertes, des grandes puissances sous le couvert de la diplomatie ont toujours fait payer un lourd tribut aux peuples. 

L’histoire montre que chaque fois que la souveraineté d’un pays s’affaiblit, le terrain se trouve préparé pour le pillage des richesses publiques et l’instauration d’une instabilité structurelle. Des événements historiques tels que le 13 Aban adressent à tous les peuples épris de liberté un message universel: « Les ressources, les richesses et le destin de chaque pays appartiennent exclusivement à son peuple, et aucune puissance étrangère n’a le droit de porter atteinte à son indépendance par des moyens politiques, économiques ou sécuritaires. »

4. La vigilance de la nouvelle génération et la nécessité de préserver les ressources nationales dans le monde moderne

Aujourd’hui, les méthodes et les instruments de l’ingérence étrangère ont dépassé la forme classique des coups d’État militaires et des interventions à visage découvert pour s’étendre à des domaines plus complexes: guerres hybrides, pressions économiques, sanctions iniques, intrusions cybernétiques et guerre médiatique. Tous ces outils poursuivent le même but que le colonialisme traditionnel: soumettre la volonté des peuples, mettre à genoux les économies nationales et empêcher le développement autonome des pays.

Commémorer le 13 Aban, c’est bien plus que rappeler une date du calendrier: c’est renouveler sans cesse l’engagement envers l’idéal d’indépendance, s’appuyer sur les capacités nationales, renforcer la confiance de la nation en elle-même et rester vigilant face aux complots transnationaux. La conscience qu’ont les jeunes, étudiants et lycéens, des racines historiques des ingérences étrangères constitue le rempart le plus solide contre le retour de la dépendance et garantit que le lourd tribut payé pour l’indépendance et la liberté des peuples ne sera jamais bradé, à aucun prix.

Soulignant l’importance de cette vigilance permanente et de la résistance face aux visées hégémoniques de l’arrogance, Son Éminence l’Ayatollah Khamenei, évoquant les leçons historiques de l’ingérence étrangère, déclare: « Le 13 Aban est un grand jour, le jour où se manifestent les valeurs, la constance et la clairvoyance. La grande leçon que le 13 Aban adresse aux peuples est qu’il ne faut pas craindre les manœuvres de l’arrogance et des puissances interventionnistes: par la résistance, la vigilance et la confiance en ses propres forces, on peut déjouer tout complot et préserver l’indépendance du pays. »

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