Né d’une conversation informelle, le projet « Congo–Liverpool Routes » est devenu une collaboration artistique et humaine d’une rare profondeur.
À l’initiative de l’International Slavery Museum (ISM) et de Tate Liverpool, en dialogue étroit avec la Merseyside Congolese Association, ce projet explore les liens historiques, culturels et contemporains entre Liverpool et le Congo.
Au regard de ce projet, qui fait du chemin, l’ambassadeur de la RDC au Royaume-Uni, Ndolamb Ngokwey félicite la coordonnatrice de la communauté congolaise de Merryside, Petronelle Moanda pour cette initiative qui rapproche la diaspora congolaise locale des institutions culturelles britanniques et favorise la diplomatie entre les peuples, enrichie par la diplomatie publique, culturelle et participative.
À travers des ateliers, des performances, des recherches partagées et des œuvres co-créées, le projet « Congo–Liverpool Routes » en lumière des connexions souvent marginalisées, enracinées dans l’histoire de la traite négrière, du colonialisme et des migrations, mais aussi dans la créativité et la solidarité communautaire.

D’après le commissaire de projet à l’International Slavery Museum, Adiva Lawrence, cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de transformation du musée.
Dans le cadre du Waterfront Transformation Project, l’ISM prépare une nouvelle exposition permanente, repensant la manière dont l’histoire de l’esclavage est racontée.
« En travaillant sur ces collections, je me suis intéressée à l’histoire africaine dans toute sa complexité, et en particulier aux objets liés à l’Afrique centrale présents dans les collections des musées de Liverpool », souligne-t-elle.
Rencontre
C’est ainsi que Adiva Lawrence, entre en contact avec Petronelle Moanda, responsable de la Merseyside Congolese Association, une organisation qui accompagne les congolais récemment installés à Liverpool. De fil en aiguille, les échanges donnent naissance au projet Congo–Liverpool Routes, de manière organique, à partir d’un désir partagé de dialogue et de reconnaissance.
L’arrivée de Carine Harmand à Tate Liverpool marque une nouvelle étape. Chargée de développer un partenariat entre Tate et l’ISM, elle voit dans cette collaboration une opportunité de croiser les approches. » Pour Tate Liverpool, il s’agissait de travailler avec une institution profondément engagée dans la co-création avec les communautés.
Pour l’ISM, l’enjeu était aussi de repenser la place de l’art dans le musée du futur », explique-t-elle.
Les deux institutions, toutes deux situées sur les docks d’Albert Dock — un lieu historiquement lié à la traite transatlantique — trouvent dans ce projet un terrain commun.
Au cœur de la démarche : laisser les communautés et les artistes guider le processus. Trois artistes aux pratiques participatives sont ainsi invités à travailler avec la communauté congolaise de Liverpool. Les ateliers deviennent des espaces de production de savoirs alternatifs.
Lors de visites des réserves muséales, les membres de la communauté identifient des erreurs dans les cartels, partagent des connaissances culturelles et ouvrent des discussions sur l’histoire, la terre, la famille et la migration.
Point de départ d’un dialogue intergénérationnel
Parmi les temps forts figure le travail de l’artiste congolais Nkembo Moswala, qui s’intéresse à la migration des personnes et des objets entre le Congo et Liverpool.
À partir d’ateliers inspirés du nzoloko (scarification traditionnelle), les participants créent des motifs gravés dans des matériaux synthétiques. Ces fragments sont ensuite assemblés dans une sculpture lumineuse en forme de sac de voyage, »Sanduku », intégrant sons et récits issus des échanges collectifs.
Un autre moment marquant est l’atelier animé par Blue Saint, artiste spoken word et musicien d’origine congolaise, autour des »minkisi » exposés au World Museum. Ces objets spirituels, souvent réduits à des « fétiches » dans les musées occidentaux, deviennent le point de départ d’un dialogue intergénérationnel et créatif sur la mémoire, la spiritualité et l’héritage colonial.
Le projet prend également une dimension transnationale avec une collaboration avec la Biennale de Lubumbashi.
Des échanges entre artistes, chercheurs et publics interrogent le rôle des institutions européennes dans les pratiques décoloniales.
L’artiste Hadassa Ngamba y développe un travail puissant autour de l’huile de palme, reliant histoire familiale, exploitation coloniale et paysages urbains.
À Liverpool, sa performance — mêlant huile de palme et pierre de grès — rend visible l’empreinte du Congo dans l’histoire industrielle de la ville.
*Création d’une communauté
Au-delà des œuvres, Congo–Liverpool Routes a surtout permis la création d’une communauté.
« Des personnes venues timidement au premier atelier ont tissé des amitiés durables et continuent de s’engager avec les musées », observe Adiva Lawrence. La question de la restitution des objets, régulièrement évoquée, reste ouverte et nourrit les débats.
Le projet se prolonge aujourd’hui avec une nouvelle co-commande entre Tate Liverpool et l’ISM, portée par l’artiste Julian Knxx, autour du chant choral et de l’expérience noire dans les villes portuaires. Une manière de poursuivre ce travail au long cours, fondé sur l’écoute, la confiance et la création partagée.
Comme le résume Carine Harmand : « Quand on écoute vraiment une communauté et qu’on fait confiance au processus artistique, on crée bien plus que des œuvres. On crée des liens durables. »
Dina BUHAKE










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