Pape François hospitalisé : entre rémission, démission, ou décès, les différents scénarios

L’hôpital Gemelli, à Rome, est le centre de toutes les attentions, et de toutes les spéculations. C’est là que le pape François est hospitalisé depuis plus d’une semaine, d’abord pour une bronchite, puis pour une pneumonie qui touche les deux poumons. Quand en sortira-t-il ? Sera-t-il encore apte à diriger l’Eglise catholique ? En cas de rémission, il pourrait reprendre les affaires, mais si son état de santé s’aggravait ?

Plusieurs scénarios sont possibles. Rik Torfs, docteur en droit canon, ancien recteur de la KU Leuven, les passe en revue.

Si le pape est incapable d’assumer ses fonctions

Si le pape perd sa capacité de discernement, si ses capacités mentales sont atteintes, rien n’est clairement prévu, c’est le flou. « Il y a un trou dans la législation, explique Rik Torfs. On est un peu hésitant. Imaginez que le pape perde ses capacités à un moment donné, puis qu’elles lui reviennent. Il se peut alors, en théorie, que des mesures aient été prises en désaccord avec l’opinion du pape. Ce ne serait pas acceptable. »

« Gouverner sans le pape, ça n’arrivera pas, poursuit le docteur en droit canon. Dans cette situation-là, je pense qu’on ferait comme dans le cas de la mort du pape où seules les choses urgentes peuvent être traitées, l’administration plus large étant suspendue. »

La possibilité d’une démission serait également exclue, car, pour démissionner, le pape doit pouvoir en exprimer la volonté. « Il doit être en mesure de le faire librement, c’est une condition absolue. Cela signifie que sa santé mentale, pas forcément physique, mais que sa santé mentale doit être assez bonne pour le faire. »

Si le pape choisit de démissionner

Si le pape conserve sa capacité de discernement, il peut donc choisir de démissionner. « Le code de droit canonique, qui date de 1983, ouvre la possibilité dans le canon 332 que le pape démissionne, ce qui a d’ailleurs été fait par le prédécesseur du pape actuel par Benoît XVI », rappelle Rik Torfs. Benoît XVI avait été le premier à poser cet acte depuis le pape Célestin V, en 1294.

Le pape François serait-il prêt à une telle décision ? Nul ne le sait avec certitude. Par le passé, le souverain pontife a évoqué une lettre, qu’il aurait écrite durant les premiers mois de son pontificat, qui contiendrait sa démission en cas d’ »empêchement médical ». « Mais sa position semble avoir évolué. Il a dit plus récemment qu’il considérait que la fonction papale devait s’exercer à vie. Il a donc un peu évolué là-dessus, tout en n’excluant pas sa démission. »

L’ancien recteur précise encore que si la lettre en question existe, elle ne suffirait pas : le pape devrait réitérer sa volonté avec lucidité. Par ailleurs, il ne croit pas en la possibilité d’une démission dans la situation actuelle : « En fin de vie, dans une situation médicale épineuse, ça me semble peu probable. »

Dans le cas d’une démission, comme on l’a vu avec Benoît XVI, un conclave est organisé pour élire un nouveau pape.

Si le pape meurt

À la mort du pape s’ouvre la période de « sede vacante », de siège vacant. Les modalités en sont fixées dans la constitution apostolique « Universi dominici gregis », promulguée par Jean-Paul II. On peut y lire que « le gouvernement de l’Église est confié au Collège des Cardinaux seulement pour expédier les affaires courantes ou celles qui ne peuvent être différées et pour la préparation de ce qui est nécessaire en vue de l’élection du nouveau Pontife. »

Le Doyen du collège des Cardinaux (actuellement le Cardinal Giovanni Battista Re, 91 ans, récemment reconduit par le pape lui-même) convoque à Rome les cardinaux du monde entier. Neuf jours de deuil, pendant lesquels différentes messes sont célébrées, sont respectés dans la cité du Vatican, ce sont les novemdiales.

La dépouille du pape est exposée dans la basilique Saint-Pierre pour que les fidèles puissent lui rendre un dernier hommage puis viennent les funérailles. L’inhumation doit avoir lieu « entre le quatrième et le sixième jour après la mort ».

Récemment le pape François a précisé différentes volontés : celle de renoncer aux trois cercueils traditionnels de cyprès, de plomb et de chêne, ou celle d’être inhumé non pas à la basilique Saint-Pierre mais à la Basilique Saint-Marie-Majeure. Il souhaite globalement des funérailles plus sobres.

Le conclave

Il y a deux stades dans la procédure d’élection du nouveau pape, rappelle Rik Torfs. « Il y a d’abord des réunions préalables, auxquelles tous les cardinaux, y compris ceux de plus de 80 ans, peuvent participer, et ensuite il y a le conclave au sens strict, dont les plus de 80 ans sont exclus. » C’est pour cela qu’on parle de cardinaux « électeurs », ils sont environ 140 actuellement.

Les réunions préparatoires au conclave, les congrégations générales, permettent notamment aux cardinaux, qui viennent du monde entier, de mieux se connaître. C’est à cette occasion que le pape François, alors cardinal Jorge Mario Bergoglio, avait fait une intervention remarquée, considérée comme déterminante.

Il n’y a pas de candidats officiels. « On ne peut pas se porter candidat de façon explicite. D’un autre côté, il faut quand même, d’une façon plus subtile, émettre le signal qu’on ne refuserait pas de devenir pape. C’est un équilibre délicat. Il y a parfois des petites réunions ou des dîners lors desquels un cardinal essaie de mettre en lumière son candidat. Donc il y a des étapes informelles qui ne sont pas sans conséquences pour le conclave. »

Le conclave lui-même se tient entre 15 et 20 jours « depuis le commencement de la vacance du siège », à la chapelle Sixtine, où les cardinaux électeurs s’enferment pour voter à bulletin secret. « Il y a quatre votes au maximum par jour. Il faut obtenir une majorité des deux tiers, ce qui signifie que le candidat le plus populaire ne gagne pas toujours car parfois il y a des candidats qui obtiennent relativement facilement une majorité absolue, mais qui ne parviennent pas à dépasser la frontière des deux tiers. Alors, d’autres candidats sont suggérés. »

Si le vote n’est pas concluant, une fumée noire s’échappe de la cheminée de la chapelle. Quand un nouveau pontife est élu, la fumée est blanche. La fameuse phrase peut alors être prononcée du balcon de la basilique Saint-Pierre : « Habemus papam ».

RTBF Actus ✍️

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