Kinshasa–Paris–Londres. Depuis plus de quatre décennies, Kanda Bongo Man incarne l’une des figures majeures de la musique congolaise moderne. Innovateur du soukous et inventeur du célèbre Kwassa Kwassa, il a réussi à transformer un genre local en phénomène international.
Cette véritable légende vivante de la musique rd-congolaise a eu, dernièrement, une rencontre mémorable avec l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la RDC au Royaume-Uni, Ngokwey Ndolamb (photo ci-dessous).

C’est dans cette optique que «Nouveaumedia.cd» a tenu à raviver la mémoire de ses mélomanes, en particulier ceux de la RDC, sur le parcours élogieux, au-delà des frontières, de ce musicien qui n’est pas retourné dans son pays natal depuis 1999. »Nul n’est prophète chez lui », dit un adage.
Des débuts au Congo à l’exil parisien
Né en 1955 à Inongo, dans l’actuelle République démocratique du Congo, Bongo Kanda – de son vrai nom – grandit au son des géants de la rumba congolaise, parmi lesquels Tabu Ley Rochereau, son idole. En 1973, il rejoint l’orchestre Belle Mambo, où il affine sa voix haute et mélodieuse.
À la fin des années 1970, il quitte Kinshasa pour Paris, capitale musicale des diasporas africaines. C’est là qu’il enregistre ses premiers albums, Iyole (1981) et Djessy (1982), qui lui ouvrent les portes de la scène internationale.
La révolution du soukous
Kanda Bongo Man bouleverse les codes du soukous. Alors que la tradition voulait que les solos de guitare apparaissent en fin de morceau, il décide de les introduire dès les premières mesures et après chaque couplet.
Résultat : une musique plus rythmée, plus entraînante, qui invite irrésistiblement à la danse.

De cette innovation naît le Kwassa Kwassa, danse populaire caractérisée par le mouvement des hanches accompagné du balancement des mains.
Rapidement, ce style traverse les frontières et devient l’un des symboles de la musique africaine dans les années 1980 et 1990.
Des collaborations mémorables
Entouré de musiciens virtuoses, dont le guitariste Diblo Dibala – surnommé « Machine Gun » pour sa dextérité – Kanda enregistre une série d’albums marquants : Amour Fou (1984), Kwassa Kwassa (1989) et Zing Zong (1991). Ce dernier est un hommage émouvant à ses frères disparus, musiciens eux aussi.
Dans sa vie artistique, cette icône de la musique congolaise a collaboré, entre autres, avec Youlou Mabiala, Nyboma dans sa chanson Toundé sortie chez Charles Lukelo. Il s’est également associé à Bozi Boziana dans le dernier album de Teddy Sukami et aussi avec le groupe Soul Brother de Soweto.
Une carrière internationale
De l’Europe aux États-Unis, de l’Australie à l’Afrique, Kanda Bongo Man devient l’ambassadeur du soukous.
En 1993, il immortalise son énergie scénique dans Soukous in Central Park, un album live enregistré à New York. En 2005, il participe au concert mondial Live 8: Africa Calling, affirmant une fois encore son rôle d’icône musicale africaine.
Pour ce qui est particulièrement de l’Afrique, Kanda Bongo s’est produit pratiquement dans tout le continent. Il a joué notamment au Mali, en Conte d’Ivoire, au Bénin, au Sénégal, en Sierra Leone, en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie, au Kenya, en Ouganda et au Gabon.
Toujours en tournée aujourd’hui, il continue de séduire un public multi générationnel. Ses concerts, véritables fêtes populaires, rassemblent autant les nostalgiques des grandes heures du soukous que les jeunes amateurs de rythmes dansants. Le dernier en date est celui qu’il a donné le 15 août dernier au Club 100 à Londres.
Sans se lasser, il projette un autre concert le 20 septembre prochain au Zimbabwe.
Un héritage durable
Kanda Bongo Man a laissé une empreinte indélébile. Innovateur du soukous, inventeur du Kwassa Kwassa et artiste infatigable, il a fait danser des millions de personnes à travers le monde. Son héritage est celui d’un musicien visionnaire qui a su transformer la tradition en modernité, et faire de la danse un langage universel.
« La musique doit donner le sourire et inviter à danser », aime-t-il répéter. Une devise qui résume à elle seule l’essence de son œuvre.
Dina BUHAKE











