L’AFDC-A de Modeste Bahati Lukwebo, 2e force politique de la RDC de 2011 à 2026 [Enquête]

Selon une enquête menée par le média en ligne Topdirect.cd avec la collaboration de Congoreformes.com, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) est le plus grand parti de la RDC en termes de représentation sur 15 ans. Il est talonné par l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC) qui arrive en deuxième position du Top15. 

Le parti cher au Sénateur Modeste Bahati Lukwebo affiche des performances extraordinaires et une stabilité considérable, et reste l’unique formation politique à faire partie du Top 3 sur les trois scrutins de 2011, 2018 et 2023 en seulement 13 ans de sa création. Ci-dessous l’intégralité du classement:

TOP 15 DES PARTIS POLITIQUES EN RDC 2011-2026 (ENQUÊTE EXCLUSIVE)

Analyse basée sur 15 ans de scrutins cumulés (Législatives nationales 2011 + 2018 + 2023 et Provinciales 2018 + 2023)

INTRODUCTION

La République Démocratique du Congo compte environ 1000 partis politiques. Seulement une cinquantaine est représentée dans les assemblées délibérantes.

20 ans après les premières élections pluralistes, quel est le véritable poids des partis politiques en RDC ?

Notre enquête exclusive a compilé l’intégralité des résultats officiels publiés par la CENI sur 5 scrutins: nationales 2011, 2018 et 2023 et les provinciales 2018 et 2023.

Le cumul général (Nationaux + Provinciaux) permet de mesurer non pas une performance ponctuelle, mais la constance, l’implantation réelle et la résilience d’une machine politique face aux mutations, aux changements de majorité et à l’épreuve du temps.

Voici le classement des 15 forces qui structurent la vie politique congolaise de 2011 à 2026.

CLASSEMENT GÉNÉRAL TOP 15

1. UDPS – Félix-Antoine Tshisekedi – 257 élus – Créée en 1982

L’UDPS est le seul parti à incarner des dizaines d’années de lutte politique ininterrompue. De 1982 à 2018, 36 ans d’opposition radicale sous Étienne Tshisekedi. Sacré par l’accession historique à la magistrature suprême en janvier 2019 avec Félix-Antoine Tshisekedi, le parti a transformé cette lutte en machine électorale. 257 élus cumulés (nationaux et provinciaux) sur 15 ans en font la première force historique du pays, répartis comme suit : 41 députés nationaux en 2011, 32 en 2018 et 69 en 2023, soit 142 nationaux, et 43 provinciaux en 2018 et 72 en 2023, soit 115 provinciaux. Parmi ses forces, le leadership de son Secrétaire Général Augustin KABUYA, un grand mobilisateur qui a su maintenir le cap en l’absence du Président Félix Tshisekedi.

Faiblesse

Dépendance totale au Président. Parti de 44 ans qui a mis 36 ans à conquérir le pouvoir, aujourd’hui fragilisé par les divisions internes post-pouvoir.

2. AFDC-A – Modeste Bahati Lukwebo – 256 élus – Créée le 25 sept 2010

Première force en termes de députés provinciaux, illustrant son ancrage dans les provinces et deuxième en termes de députés nationaux, l’AFDC-A enregistre une performance historique. Issue de la société civile pure, elle talonne l’UDPS en seulement 13 ans. 256 élus cumulés sur 15 ans en font la deuxième force historique du pays, répartis comme suit : 26 députés nationaux en 2011, 44 nationaux et 70 provinciaux en 2018, et 40 nationaux en 2023 dont 35 nouveaux élus et 5 reconduits et 76 provinciaux en 2023, soit 110 nationaux et 146 provinciaux. Seule formation restée dans le Top 3 national sur 3 scrutins. Le parti a occupé la Présidence du Sénat (2021-2024). Plusieurs sources consultées placent le parti à la première place des formations les plus organisées et les plus implantées à l’intérieur disposant aussi d’une base solide à l’étranger à travers ses fédérations extérieures, en ex æquo avec l’UDPS.

Faiblesses
– Victime récurrente de tentatives de dédoublements orchestrées par ses adversaires politiques;
– Dépendance totale à son Président et autorité morale le Sénateur Modeste Bahati Lukwebo.

3. PPRD – Joseph Kabila Kabange – 234 élus – Créé en 2002

Principal parti au pouvoir dont la force dépendait de l’appareil d’Etat pendant plus de 18 ans, le PPRD a perdu du terrain et frôle la disparition. Il comptait 62 députés nationaux en 2011, 56 en 2018. Ajouter le cumul de députés provinciaux 2018, le parti se hisse à la 3e place du classement avec 234 élus sur les 15 dernières années.

Faiblesse: Effondrement quasi-total en 2023, ayant opposé un boycott aux élections après le départ du pouvoir. Fragilisé par l’affaire M23, la condamnation à mort de son autorité morale et les arrestations de cadres.

4. A/A-UNC – Vital Kamerhe – 135 élus – Créé en 2010

Parti national avec base solide à l’Est, l’UNC a connu une ascension fulgurante notamment en 2011 où son président Vital Kamerhe était candidat à la présidence de la République. Il obtint 17 députés nationaux en 2011 contre 16 en 2018 et 36 en 2023. À la députation provinciale, le parti totalise 66 élus (2018 et 2023). Le parti occupe la présidence de l’assemblée nationale.

Faiblesse

Fragilisée par la condamnation pour détournement de son leader Vital Kamerhe; Transfuge du PPRD de Joseph Kabila dont il était le principal bras droit; fait face aux querelles intestines.

5. MLC – Jean-Pierre Bemba Gombo – 105 élus – Créé en 1998

Principal parti de l’opposition et 2ème force du pays après le PPRD en 2006, le MLC a perdu du terrain mais a su garder une stabilité rare sur 12 ans. Il a obtenu 22 députés en 2011, 22 en 2018, 19 en 2023 et cumul 42 députés provinciaux sur les 2 cycles. Ce qui lui vaut la 5e place au classement.

Une de ses forces est la capacité exceptionnelle de résilience de son leader qui a su rebondir politiquement après 10 ans d’emprisonnement à la CPI.

Faiblesse: Sa naissance d’un mouvement rebelle; défections de plusieurs cadres ayant créé leurs propres partis, fragmentant sa base naturelle.

6. MSR – Pierre Lumbi / François Rubota – 73 élus

Le MSR se maintient au classement comme l’un des meilleurs partis des 15 dernières années grâce à ses scores considérables de 2011 et 2018. Parti ayant fusionné pour se muer dans Ensemble, il a été déstabilisé notamment par son dédoublement suivi de la mort de son Président Pierre Lumbi.

7. AB – Jean-Michel Sama Lukonde – 60 élus – Créé en 2023

Regroupement jeune et performant, porté par son leader Sama Lukonde devenu Président du Sénat en 2024, il a fait des performances considérables en 2023 se hissant dans le top 5 en termes de nombre d’élus avec 34 députés nationaux et 26 provinciaux.

Faiblesse: Jeune regroupement fortement dépendant du positionnement de son leader.

8. AAAP – Tony Kanku Shiku – 49 élus – Créé en 2023 – 21 nationaux en 2023

Regroupement porté par l’APOCM d’Abdon Etina (13 députés nationaux) et l’ADESCO de Tony Kanku (4 députés), Il occupe la 8e place du classement de 15 ans avec 21 nationaux et 28 provinciaux.

Sa force est notamment la relation personnelle de son leader Tony Kanku avec le Président de la République ainsi que l’occupation de postes clés au Gouvernement.

Faiblesse: Sa faiblesse réside dans les frustrations internes autour de la répartition des postes gouvernementaux.

9. 2A/TDC – Guy Mafuta Kabongo – 48 élus – Créé en 2023 – 20 nationaux en 2023

Force: Regroupement surprise de 2023, ancré essentiellement au Kasaï. Illustration de la prime aux leaders locaux bien implantés.
Faiblesse: Absence totale avant 2023; leadership assez faible sur l’échiquier national.

10. Ensemble pour la République – Moïse Katumbi Chapwe – 41 élus – Créé en 2021 – 18 nationaux en 2023

Ensemble est le seul parti de l’opposition institutionnelle présent dans le TOP 15. Performance remarquable malgré son jeune âge (41 élus en mois de 3 ans dont 18 députés nationaux et 23 provinciaux). Opposé à Tshisekedi, il a participé au gouvernement de l’Union Sacrée avant d’en claquer la porte. Son ancrage est localisé dans l’espace Katanga.

Faiblesse: Son leader est un ancien bras droit de Joseph Kabila avec qui il a travaillé pendant près de 10 ans comme Gouverneur de la richissime province du Katanga; Souvent considéré plus comme un commerçant que comme un leader politique, préférant souvent l’exil plutôt que le combat politique au pays.

11. A/B50 – Julien Paluku Kahongya – 39 élus – Créé en 2023 – 21 nationaux en 2023

Regroupement discret mais efficace de l’Union Sacrée, porté par l’ancien Gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku avec 21 élus nationaux et 24 élus provinciaux dès sa première participation.

Faiblesse: Faible visibilité médiatique et concentration des élus à l’Est; manque de constance du regroupement qui change de nom à chaque cycle électoral.

12. ANB – Guy Loando Mboyo – 38 élus – 13 nationaux en 2023

Un des jeunes Regroupements de l’Union Sacrée, il justifie une présence concentrée dans l’ex Equateur. Porté par le Ministre des relations avec le parlement Guy Loando le regroupement compte 13 députés nationaux et 25 provinciaux.

Faiblesse: Dispersion des membres, manque de colonne vertébrale partisane.

13. AACPG – Pius Muabilu Mbayu – 36 élus – Créé en 2023

Regroupement discret mais fort dans l’Union Sacrée, il est auréolé par une présence nationale.

Faiblesse: Poids électoral limité; déficit d’un leadership charismatique national; manque de constance du regroupement qui change de nom à chaque cycle électoral.

14. A24 – Fifi Masuka Saini – 32 élus – 15 nationaux en 2023

L’A24 est porté par Fifi Masuka, Gouverneure du Lualaba, première femme cheffe de regroupement du Top 15, secondée par José Mpanda, un des poids lourds du regroupement. Il aligne une performance remarquable pour un regroupement à peine né, avec 15 nationaux et 17 provinciaux.

Faiblesse: Ancrage provincial fort, dépendance à la fonction de Gouverneure (Lualaba).

15. ACP-A – Gentiny Ngobila Mbaka – 25 élus – 11 nationaux en 2023

Force: Parti urbain avec forte implantation à Kinshasa, porté par l’ancien Gouverneur de la capitale Gentiny Ngobila, le regroupement clôture le Top15. Il est compté parmi les révélations des élections de 2023, où il a pu faire sensation avec un score remarquable et une grande Capacité de mobilisation urbaine.

Faiblesse: Image liée à la gestion controversée de Kinshasa et fragilisé par les démêlés judiciaires de son leader. À l’issue des élections de 2023, il a été déclaré auteur de la fraude électorale. Ses partisans ont dénoncé un complot politique.

OBSERVATIONS

Bien d’autres partis font parler d’eux et/ou de leurs leaders sur l’échiquier national et essentiellement dans la capitale Kinshasa mais ne franchissent pas le cap du Top15 en fonction des critères de représentativité nationale susmentionnés. 

C’est le cas de certains partis de l’opposition à l’instar de l’Ecidé de Martin Fayulu, le ACH de Jean-Marc Kabund, le LGD de Matata Ponyo, le MDVC de Justin Mudekereza ou encore Envol de Delly Sessanga.

En 2011, la RDC a organisé uniquement les scrutins combinés présidentielle et législatives nationales. Les députés élus en 2006 sont restés en fonction jusqu’à 2018 faisant pratiquement 2 mandats;

Le nombre de Sénateurs et de Gouverneurs élus n’a pas été pris en compte au regard du débat actuel sur le mode de leur élection.

Pour plus de détails sur les statistiques, voir le tableau ci-dessous.

Une enquête de http://Topdirect.cd en collaboration avec http://Congoreformes.com_

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