Couloir Vert Kivu-Kinshasa : Marie Nyange Ndambo répond à Greenpeace Afrique

Le gouvernement, à travers le ministre de l’Environnement, Développement Durable et Nouvelle Économie du Climat, apporte ses clarifications sur la note d’orientation publiée le 27 juillet 2026 par Greenpeace Afrique relative au Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK).

Dans une mise au point faite ce vendredi 25 septembre, la ministre Marie Nyange Ndambo répond à Greenpeace Afrique en quatre points.

Premièrement, indique le communiqué du ministère de l’Environnement, « les chiffres avancés par Greenpeace Afrique, notamment ceux faisant état d’un chevauchement de 72% du Couloir Vert avec des blocs pétroliers et de 23% avec des concessions minières, doivent être appréciés avec la rigueur technique et scientifique ».

Or, poursuit la source, une superposition géographique ne signifie pas automatiquement qu’une activité extractive est effectivement exercée sur l’ensemble de la superficie concernée.

Pour Marie Nyange Ndambo, « l’analyse doit notamment distinguer les blocs proposés de ceux effectivement attribués, les permis de recherche des titres d’exploitation, les droits préexistants des nouvelles attributions ainsi que les titres administratifs des projets effectivement opérationnels ».

En conséquence, estime la ministre de l’Environnement, « le gouvernement ne saurait fonder une décision stratégique de cette importance sur la seule juxtaposition de données cartographiques provenant de sources différentes, sans confrontation préalable avec les cadastres officiels, les statuts juridiques des titres concernés et la réalité des activités sur le terrain ».

En second lieu, Marie Nyange Ndambo précise que « la création du Couloir Vert Kivu-Kinshasa procède précisément de la volonté du Président de la République Félix Antoine Tshisekedi de construire un modèle dans lequel la conservation de la nature, le développement économique et l’amélioration des conditions de vie des populations locales et des peuples autochtones se renforcent mutuellement ».

Elle rappelle, à cet effet, que « lors de son lancement en janvier 2025, le projet a été présenté comme visant à préserver les forêts primaires et les tourbières tout en construisant un nouvel avenir économique et social pour les populations congolaises ».

La ministre est d’avis que « la conservation ne peut donc être durable si elle maintient les communautés riveraines dans la pauvreté ». « De la même manière, le développement économique ne peut être durable s’il entraîne la destruction irréversible des écosystèmes dont dépendent ces mêmes populations », ajoute-t-elle.

Dans une mesure, Marie Nyange Ndambo est catégorique : « Le choix de la République n’est ni l’exploitation sans limites, ni une conservation déconnectée des réalités sociales: c’est celui d’un développement planifié, responsable et durable faisant recours à l’approche MAB (Man and biosphère) ».

Aussi, insiste-t-elle, la souveraineté de la RDC sur ses ressources naturelles ne saurait être interprétée comme un droit à leur exploitation sans garanties.

« Elle implique au contraire une responsabilité: celle de déterminer, sur la base de la loi, de la science, de la planification territoriale et de l’intérêt national, où certaines activités peuvent être autorisées, sous quelles conditions et quelles zones doivent bénéficier d’une protection stricte », explique le numéro un de l’Environnement en RDC.

« À ce titre, se justifie-t-elle, les aires protégées, les forêts primaires et autres forêts intactes, les tourbières, les zones à haute valeur de biodiversité ainsi que les espaces essentiels aux communautés doivent faire l’objet d’une attention particulière dans le processus de zonage et de planification du Couloir ».

En outre, le ministère dit considérer que « les préoccupations exprimées constituent une occasion d’accélérer la consolidation de la gouvernance du Couloir Vert ».

À cet effet, il soutient la mise en place d’une mission technique interministérielle, associant notamment les secteurs de l’Environnement, des Mines, des Hydrocarbures, de l’Aménagement du territoire et des Affaires foncières, ainsi que l’ICCN et les services cadastraux compétents.

Cette mission, fait savoir Marie Nyange Ndambo, devra permettre d’établir une cartographie officielle, consolidée et opposable aux différentes administrations, distinguant clairement les différents statuts juridiques des droits existants et identifiant les aires protégées, les tourbières, les forêts intactes, les forêts primaires, les territoires communautaires et les autres zones écologiquement sensibles.

Le ministère de l’Environnement affirme que « toute nouvelle activité susceptible d’être envisagée dans le périmètre du Couloir devra être appréciée au cas par cas, en fonction du zonage, de sa compatibilité avec la vocation de la zone concernée, des exigences environnementales et sociales applicables et de l’intérêt national ».

« La protection des zones écologiquement sensibles, les études d’impact environnemental et social, la participation des communautés, le Consentement Libre, Informé et Préalable lorsqu’il est applicable, ainsi que les obligations de restauration et de suivi environnemental constituent des éléments essentiels de cette gouvernance », ajoute le gouvernement.

Le ministère rappelle en outre que « le Couloir Vert Kivu-Kinshasa est aussi un projet de développement humain. La protection d’un patrimoine naturel d’importance mondiale doit produire des bénéfices tangibles pour les populations qui vivent dans et autour de ces écosystèmes: emplois, revenus durables, énergie, infrastructures, services sociaux et possibilités économiques compatibles avec la conservation ».

Voilà pourquoi, argumente-t-elle, « la RDC considère également que la protection durable d’écosystèmes fournissant des services environnementaux d’importance mondiale doit s’accompagner d’une mobilisation accrue de financements climatiques, de financements de la biodiversité et de mécanismes crédibles de valorisation des services écosystémiques, afin que les efforts de conservation contribuent effectivement au développement des populations concernées ».

Toutefois, le ministère de l’Environnement dit être ouvert à un dialogue technique et constructif avec Greenpeace Afrique, la société civile, les communautés locales et peuples autochtones, les scientifiques ainsi que les partenaires techniques et financiers.

Cependant, il précise que « ce dialogue devra être fondé sur des données vérifiables, la transparence, le respect des lois de la République et la reconnaissance de la souveraineté nationale ».

Rachidi MABANDU

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