Congrès des éditeurs africains à Nairobi : appel d’urgence pour la pérennité de la presse en Afrique 

Le Congrès des rédacteurs en chef africains s’est ouvert ce lundi 23 février 2026 à Nairobi, au Kenya, avec des intervenants qui appellent à la protection de la liberté des médias et soulignent l’urgence d’assurer la pérennité de la presse sur le continent.

Ce forum de haut niveau se tient à un moment marqué par de profondes mutations politiques, économiques et technologiques. D’où le choix du thème : « Reconquérir de la valeur : reconstruire la confiance, redéfinir la durabilité ».

Le thème du congrès s’inspire directement de la Déclaration de Johannesburg de Media20 (M20). Cette déclaration, faite en juin 2025, lançait un appel urgent à renforcer l’intégrité de l’information et à garantir la pérennité des médias face à la domination croissante des plateformes numériques mondiales.

Justifiant le thème de la rencontre, lors de la séance d’ouverture, le président du Forum des rédacteurs en chef africains (TAEF) et organisateur du congrès, Churchill Otieno, a affirmé que « le thème du congrès de cette année donne le ton au dialogue sur la liberté de la presse, la confiance du public et la transformation numérique ». 

Selon lui, les pressions juridiques, économiques ou politiques peuvent entraver la liberté d’expression et l’indépendance de la presse. « Les rédacteurs en chef et les journalistes sont confrontés à la censure, à des réglementations excessives, à des intimidations et, dans certains cas, à des risques pour leur sécurité personnelle. »

La liberté des médias est bien plus qu’un idéal abstrait. « C’est le fondement qui permet aux journalistes et aux organes de presse de rendre compte sans crainte ni favoritisme, d’enquêter sur le pouvoir, d’informer les citoyens et de rendre nos sociétés plus justes et plus responsables. 

Pourtant, dans beaucoup de régions du Continent, les pressions juridiques, économiques ou politiques peuvent entraver la liberté d’expression et l’indépendance de la presse. Les rédacteurs en chef et les journalistes sont confrontés à la censure, à des réglementations excessives, à des intimidations et, dans certains cas, à des risques pour leur sécurité personnelle. », a-t-il déclaré.

Redonner de la valeur au journalisme africain

Pour le professeur George Nyabuga, doyen associé de l’École supérieure des médias et de la communication de l’Université Aga Khan, la survie de l’industrie dépend de son intégrité : « La valeur et la confiance sont les ingrédients clés qui déterminent la durabilité et la viabilité. En d’autres termes, les médias doivent retrouver leur place en veillant à ce que le journalisme reste fiable, pertinent et adapté à son objectif. »

De son côté, le Dr Johua Oigara, Directeur de Stanbic Bank, au Kenya et au Soudan du Sud, estime qu’il faut redonner de la valeur au journalisme africain. « À l’ère où l’IA peut générer et diffuser du contenu plus rapidement qu’il ne peut être vérifié, ces leviers de croissance sont fragiles et plus précieux que jamais. Renforcer cette confiance est essentiel pour redonner de la valeur au journalisme africain. C’est également indispensable pour débloquer des flux de capitaux durables vers notre continent, » a-t-il déclaré. 

« En tant que banquier, je constate à quel point la qualité des récits africains influe sur les flux de capitaux. Les capitaux suivent la fiabilité. Un bon journalisme est un bon capital, » a renchéri le Dr Johua Oigara.

Linda Bach, directrice générale de la Kenya Editors Guild, a souligné que le congrès se tenait à un moment critique, alors que les médias traditionnels sont confrontés à des problèmes de confiance, de viabilité et d’influence croissante des plateformes numériques.

Louise Haxthausen, directrice régionale et représentante du Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Est, a fait écho à ces préoccupations mondiales en soulignant que la liberté d’expression est menacée dans le monde entier. « Le déclin que nous avons observé et connu au cours des quatre dernières années est extrêmement grave, » a-t-elle déclaré.

Kwame Karikari, fondateur de Media Foundation for West Africa, a, quant à lui, rappelé le pouvoir que possèdent les rédacteurs : « Le rédacteur en chef est au service du public. Il est le guide professionnel au sein de l’organisation et joue un rôle déterminant dans les décisions politiques. Il se doit d’être un fervent défenseur de l’intérêt public. Dans le contexte africain, le rôle des rédacteurs en chef dans la société devrait être considéré comme une mission. »

Cette rencontre, organisée par le Forum des éditeurs africains (TAEF), rassemble plus de 150 participants, à savoir : des éditeurs, des journalistes, des formateurs en journalisme, des universitaires et des spécialistes des médias du Continent.

Dina BUHAKE, depuis Nairobi au Kenya

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