Abbé Longin Buhake sur la thérapie des maladies mentales : « La foi et la médecine ne s’opposent pas, elles se complètent » [Interview]

Docteur en psychologie à Regent University, en Virginie aux États-Unis, l’abbé Longin Buhake, de nationalité rd-congolaise, explique ses approches quant à la thérapie des maladies mentales. Sujet de thèse qu’il a récemment défendu pour l’obtention de son diplôme. Interview.

Quelle est la nouveauté de votre thèse par rapport aux études déjà menées en matière de la santé mentale?

Merci, cher journaliste de m’avoir donné cette opportunité de répondre à vos questions concernant ma these de doctorat sur l’intégration des approches fondées sur la foi dans la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour la santé mentale, dans le contexte d’une revue systématique et méta-analyse.

La nouveauté de la thèse réside dans l’analyse systématique et quantitative de l’intégration explicite des approches fondées sur la foi au sein de la TCC, ce qui a rarement été fait à grande échelle. 

Alors que de nombreuses études ont examiné séparément la TCC ou les interventions spirituelles, peu ont évalué de manière comparative et rigoureuse leur combinaison, en mesurant leurs effets sur divers indicateurs de santé mentale (dépression, anxiété, bien-être, etc.). 

Cette thèse propose une méta-analyse des essais contrôlés randomisés pour déterminer si l’ajout d’éléments religieux ou spirituels améliore réellement les résultats thérapeutiques, et identifie les populations et contextes pour lesquels cette intégration est la plus bénéfique.

Quels sont les avantages de vos analyses pour les services de santé mentale ?

Il ya plusieurs avantage. Entre autre:

-La personnalisation des soins: Les résultats permettent d’adapter les interventions aux valeurs et croyances des patients, ce qui peut améliorer l’engagement et l’efficacité thérapeutique.

La réduction de la stigmatisation: L’intégration de la foi peut rendre les soins plus accessibles à certaines populations réticentes à consulter un psychologue.

Une meilleure adhésion au traitement: Les patients qui se reconnaissent dans les approches spirituelles peuvent être plus enclins à persévérer dans leur traitement.

Une base scientifique: Les services de santé mentale trouveront dans ma these des recommandations fondées sur des preuves scientifiques pour intégrer, ou non, la dimension spirituelle dans la TCC.

Que pensez-vous de la guérison par la foi de certaines maladies mentales ?

La « guérison par la foi » peut avoir des effets bénéfiques sur l’état psychologique, notamment à travers le soutien social, l’espoir et la résilience qu’elle procure. 

Cependant, la foi seule ne doit pas se substituer à une prise en charge médicale et psychothérapeutique fondée sur les preuves, surtout pour les troubles mentaux modérés à sévères. Idéalement, la foi peut être une ressource complémentaire, en synergie avec les traitements conventionnels. 

La foi et la médecine ne s’opposent pas, elles se complètent. Avoir la foi, c’est croire en l’aide et le soutien de Dieu, mais cela n’exclut pas d’utiliser les moyens concrets mis à notre disposition, comme les hôpitaux, les médecins ou les psychothérapies. 

Beaucoup de croyants considèrent même que les connaissances médicales et les progrès de la science sont des dons de Dieu ou des moyens par lesquels Dieu agit dans le monde.

Ainsi, se rendre à l’hôpital ou consulter un professionnel de santé mentale lorsque l’on souffre n’est pas un manque de foi, mais une démarche responsable. 

La foi peut soutenir le processus de guérison sur le plan moral et spirituel, tandis que la médecine agit sur le plan physique ou psychologique. Les deux approches peuvent donc être complémentaires pour favoriser le bien-être global de la personne.

Dans le cas où la thérapie de la foi serait possible dans le traitement des maladies mentales, qui serait le guérisseur ? Un pasteur, un prêtre, un charlatan ?

L’intégration de la foi dans la thérapie ne signifie pas déléguer la prise en charge à un leader religieux ou à un « guérisseur » autoproclamé. L’idéal est une collaboration entre professionnels de santé mentale formés (psychologues, psychiatres) et accompagnateurs spirituels légitimes (aumôniers, prêtres, imams, etc.), chacun respectant ses compétences.

Les charlatans, qui n’ont ni formation ni légitimité, exposent les patients à des risques importants.

La spiritualité peut-elle jouer un rôle chez une personne atteinte d’une maladie mentale ?

Oui, de nombreuses recherches montrent que la spiritualité peut offrir un sens, un soutien social, et des stratégies d’adaptation face à la détresse psychique. Chez certaines personnes, la spiritualité aide à mieux vivre la maladie, à retrouver l’espoir ou à réduire les symptômes.

Toutefois, la spiritualité ne remplace pas une prise en charge médicale adaptée.

Les problèmes de santé mentale ne peuvent qu’être atténués que par la thérapie cognitivo-comportementale ? Il n’y a-t-il pas d’autres alternatives ?

Parmi tous les modèles de psychothérapie, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est l’une des approches les plus utilisées et bénéficiant du plus grand nombre de preuves scientifiques. 

En mettant en œuvre une intervention centrée sur les problèmes, la TCC est généralement délivrée en un nombre limité de séances avec pour objectif principal de remplacer les évaluations cognitives négatives, les perceptions déformées et les comportements inadaptés par des pensées et des comportements plus adaptés et fonctionnels. 

La TCC a prouvé son efficacité dans le traitement de troubles cliniques tels que la dépression, l’anxiété et le stress post-traumatique, entre autres; elle est donc bien établie comme l’une des approches les plus fiables dans la pratique psychothérapeutique. C’est ce qui justifie mon choix pour cette méthode. 

Pour repondre à votre question, non, la TCC n’est pas la seule option. Il existe de nombreuses approches telles que :

– La thérapie psychodynamique

-Les thérapies humanistes (ex : approche centrée sur la personne)

-Les thérapies systémiques et familiales

L’approche pharmacologique (médicaments, si nécessaire)

Les interventions psychoéducatives, la réhabilitation psychosociale

Les thérapies de pleine conscience, méditation, etc.

Le choix de la thérapie dépend du trouble.

Propos recueillis de Kinshasa par Rachidi MABANDU 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.