Insécurité, misère, chaos : « Le Nord-Kivu au bord de l’implosion », selon la Société civile

Réunie en coordination provinciale à Musienene dans le territoire de Lubero, la Société civile forces vives du Nord-Kivu a dressé un tableau alarmant de la situation sécuritaire, humanitaire et socio-économique de la province.

Dans une déclaration rendue publique à l’issue de ses travaux, cette structure citoyenne affirme que la situation ne cesse de se détériorer malgré les efforts annoncés par le gouvernement congolais et ses partenaires. 

Elle pointe notamment du doigt l’activisme des groupes armés, en particulier les ADF et la rébellion du AFC-M23, ainsi que l’aggravation des déplacements massifs de populations, souvent sans assistance adéquate.

La société civile dénonce une série de violations graves : massacres de civils, incendies de villages, enlèvements, recrutement forcé de jeunes, ainsi que des menaces contre les défenseurs des droits humains. Elle évoque également l’installation d’administrations parallèles dans certaines zones, signe d’un affaiblissement de l’autorité de l’État.

Sur le plan socio-économique, les forces vives fustigent la multiplication des taxes, l’occupation illégale des terres, les conflits fonciers et la dégradation des conditions de vie, notamment dans les zones sous contrôle rebelle.

Face à cette situation jugée critique, plusieurs recommandations ont été formulées :

– À l’ONU et à la communauté internationale : appliquer strictement les résolutions existantes, sanctionner les acteurs récalcitrants et intensifier l’aide humanitaire.

– À la Cour pénale internationale : se saisir des crimes documentés et poursuivre les auteurs présumés.

– À l’Union africaine : renforcer son implication dans la restauration de la paix dans la région des Grands Lacs.

La société civile exhorte le gouvernement de la RDC à :

– renforcer les capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité ;

– éviter tout accord favorisant l’impunité ;

– mieux encadrer les groupes d’autodéfense (VDP-Wazalendo) ;

– mobiliser des ressources pour assister les déplacés de guerre ;

– alléger la pression fiscale sur les opérateurs économiques locaux.

Ces recommandations rejoignent celles déjà exprimées dans d’autres déclarations récentes appelant Kinshasa à s’assumer pleinement comme un État souverain face à la crise sécuritaire persistante.

Au niveau provincial, il est demandé la suppression des barrières illégales et la mise en place d’un cadre permanent de concertation avec la société civile.

Quant à la population, elle est appelée à rester vigilante, collaborer avec les forces de sécurité et adopter des comportements responsables, notamment en matière de protection de l’environnement et de gestion des déchets.

Cette déclaration intervient dans un contexte où plusieurs acteurs locaux réclament désormais la reconnaissance du Nord-Kivu comme une « zone sinistrée », au regard de l’ampleur de la crise. 

Face à la complexité des défis sécuritaires et humanitaires, la société civile insiste sur l’urgence d’une réponse coordonnée, à la fois nationale et internationale, pour éviter une aggravation irréversible de la situation dans l’Est de la RDC.

Moïse Excel depuis Goma

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