Endettement public : chiffres à l’appui, la DGDP confirme la mise en garde de Nicolas Kazadi

Le communiqué de la Direction Générale de la Dépense Publique (DGDP) du 9 septembre 2026 confirme l’alerte donnée il y a quelques jours par Nucolas Kazadi sur l’endettement public.

Selon les chiffres officiels fournis par la DGDP, « la question n’est pas celle d’un pays déjà surendetté, mais celle d’un portefeuille dont la composition évolue extrêmement rapidement ».

« En décembre 2025, la dette publique totale de la RDC s’élevait à 15,01 milliards de dollars. Au 30 juin 2026, elle atteignait 18,55 milliards. L’augmentation est de 3,54 milliards de dollars en six mois, soit près de 24 % », avance la DGDP.

Aux dires des spécialistes en la matière, « cette progression est importante. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, le principal signal ».

La DGDP révèle surtout que « les financements non concessionnels représentent désormais 31,39 % des instruments de financement, hors arriérés. À peine deux ans auparavant, leur poids se situait encore sous la barre des 5 % sur une base comparable à un changement structurel du portefeuille.

Pendant longtemps, la RDC a bénéficié d’un portefeuille dominé par des crédits concessionnels : taux faibles, longues maturités, périodes de grâce et remboursements étalés.

Cette architecture explique en partie pourquoi la valeur actualisée de la dette publique demeure aujourd’hui faible : environ 10,5 % du PIB selon la DGDP. Mais plus la dette commerciale augmente, plus cet avantage s’érode.

Ses contradicteurs, notamment Steve Wembi et AfricaNews RDC, lui opposent les emprunts commerciaux conclus en 2023 pour le Centre financier et l’Arena.

La comparaison est politiquement séduisante mais économiquement incomplète. Car Nicolas Kazadi n’a jamais affirmé que toute dette commerciale devait être prohibée.

Il défend plutôt un principe de sélectivité : plus une dette est coûteuse, plus elle doit financer un projet mûr, dont les besoins de décaissement sont immédiats et dont la mise en service est proche. Le Centre financier répondait précisément à cette configuration.

Au moment du financement, les travaux étaient déjà avancés, le constructeur avait préfinancé une partie du projet et l’État devait honorer des factures correspondant à des réalisations déjà effectuées.

Le Conseil des ministres du 5 mai 2023 avait par ailleurs indiqué que les financements ne contrevenaient pas au programme avec le FMI et n’affectaient pas la viabilité de la dette.

L’utilisation ultérieure d’une note de la DGDP demandant une analyse de conformité ne change donc pas cette conclusion : vérifier la conformité d’une opération n’équivaut pas à constater son irrégularité.

Les attaques sur les frais et le service de cette dette appellent la même prudence. Un remboursement de capital constitue évidemment une sortie de trésorerie, mais il ne doit pas être confondu avec le coût financier d’un emprunt.

Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’un crédit amortissable est comparé à un Eurobond dont le principal est remboursé plus tard.

Un instrument peut sembler moins lourd aujourd’hui simplement parce que le remboursement du capital a été repoussé à demain. La polémique technique ne doit donc pas masquer le phénomène macroéconomique.

En 2024, la dette commerciale restait marginale.

En 2026, les instruments non concessionnels représentent plus de 31 % du portefeuille considéré par la DGDP, avec une forte progression des titres publics domestiques et l’entrée de l’Eurobond dans la structure de financement. Il s’agit bel et bien d’un changement de régime.

Et, de manière assez remarquable, la DGDP rejoint elle-même l’essentiel de l’avertissement formulé par l’ancien ministre.

L’institution confirme que la RDC demeure à risque modéré de surendettement et précise que la soutenabilité dépendra notamment d’une bonne mobilisation des recettes, d’une utilisation productive des ressources empruntées et d’une gestion prudente des nouvelles émissions non concessionnelles.

La formulation est claire. La situation actuelle reste maîtrisable. Mais cette soutenabilité n’est pas automatique. Elle dépend des choix faits aujourd’hui.

Voilà pourquoi le débat sur la dette ne devrait pas être enfermé dans une querelle sur un emprunt de 2023.

La vraie question est celle de 2026 et des années suivantes : à quel rythme la RDC veut-elle substituer de la dette commerciale à la dette concessionnelle, à quel coût et pour quels projets ?

Le pays dispose encore d’une marge précieuse. L’enjeu est précisément de ne pas la consommer trop vite.

Les mises en garde de Nicolas Kazadi sur l’endettement public étaient présentées par certains comme une posture politique ou une contradiction personnelle. Nicolas Kazadi parlait d’une trajectoire. Le communiqué de la DGDP en fournit désormais les chiffres.

NM.CD 

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