Affaire Mgr Muteba : Moussa Kalema recadre Thierry Monsenepwo

Moussa Kalema, cadre du Front commun pour le Congo (FCC) n’est pas resté muet après la sortie médiatique de Jean-Thierry Monsenepwo au sujet de la déclaration de Mgr Fulgence Muteba sur l’accord économique signé entre la RDC et les États-Unis d’Amérique.

LETTRE DE RECADRAGE À MONSIEUR JEAN-THIERRY MONSENEPWO

À propos de sa lettre ouverte adressée à Son Excellence Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu

Monsieur le Président du Conseil d’Administration,

Votre lettre ouverte adressée à Son Excellence Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu appelle un recadrage nécessaire, non par esprit de polémique, mais par devoir de vérité et de responsabilité intellectuelle.

Votre démarche pose un problème majeur : vous avez soigneusement évité le fond de l’homélie, pour vous réfugier dans une lecture sélective, politicienne et défensive, qui dénature gravement le message porté par l’Archevêque métropolitain de Lubumbashi et Président de la CENCO.

  1. Vous n’avez pas répondu au cœur du message de Monseigneur

Monseigneur Muteba n’a pas nié l’agression extérieure contre la RDC.
Il n’a pas blanchi le Rwanda ni l’Ouganda.
Il n’a pas relativisé la souffrance du peuple congolais.

Il a posé une question plus profonde, plus stratégique et plus dérangeante :
Pourquoi la RDC négocie-t-elle des accords dits de paix en position de fragilité extrême, sous la médiation de puissances directement intéressées par ses minerais stratégiques et ses terres rares ?

Sur ce point central — les accords de Washington et de Doha — votre lettre est muette ou fuyante.

Or, Monseigneur a clairement dénoncé :
• des accords d’équilibre négociés sous contrainte,
• une paix instrumentalisée au service d’intérêts géoéconomiques,
• une démarche visant davantage à préserver un pouvoir affaibli qu’à sauver la Nation.

C’est ce fond-là que vous auriez dû affronter.
Vous avez choisi de l’éluder.

  1. L’Église catholique n’a jamais été silencieuse sur l’agression

Vous reprochez implicitement à Monseigneur une prétendue absence de dénonciation de l’agression rwandaise.
C’est une contre-vérité historique.

Dès 2023, l’Église catholique, par la voix du Cardinal Fridolin Ambongo, a été la première institution morale à dénoncer clairement :
• l’occupation du territoire congolais,
• le soutien extérieur à la rébellion,
• l’hypocrisie de la communauté internationale.

La réponse du camp présidentiel ne fut pas le débat, mais la violence :
des milices et militants proches du pouvoir ont attaqué et vandalisé des lieux de culte catholiques.

Ce fait est connu.
Il est documenté.
Il est encore vivant dans la mémoire collective.

Votre lettre, curieusement, n’en dit mot.

  1. Réduire la guerre à Kigali et Kampala est politiquement incorrect et stratégiquement naïf

Oui, le Rwanda et l’Ouganda sont des acteurs centraux de l’agression.
Mais prétendre — explicitement ou implicitement — qu’ils peuvent, à eux seuls, mener une guerre d’une telle ampleur contre la RDC sans l’appui de grandes puissances, relève d’une analyse superficielle.

Les faits sont clairs :
• les minerais pillés transitent vers les marchés occidentaux,
• les chaînes de valeur finales mènent vers les États-Unis et leurs alliés,
• le Qatar est aujourd’hui un acteur clé dans les montages financiers et logistiques.

Le Rwanda et l’Ouganda sont des relais régionaux.
La guerre est géopolitico-économique.

C’est précisément ce que Monseigneur Muteba a eu le courage de dire.

  1. Les accords de Washington et de Doha : une dépossession déguisée

Vous qualifiez les critiques contre ces accords de dérangeantes pour la vérité.
Permettez-nous de dire l’inverse.

Ces accords sont :
• signés sans le Parlement,
• négociés sans expertise congolaise indépendante,
• conclus sans consultation populaire,
• engagés sans audit des minerais stratégiques.

Ils portent les caractéristiques classiques :
• d’accords léonins,
• d’accords de factorerie,
• d’une nouvelle forme de colonialisme économique,
• d’un esclavagisme moderne fondé sur la dépendance stratégique.

Dire cela n’est ni antipatriotique, ni subversif.
C’est un acte de lucidité nationale.

  1. Courtisanerie politique et confusion des rôles

Votre lettre donne le sentiment que beaucoup partagent d’une posture de courtisanerie politique, cherchant à pleuré un pouvoir fragilisé, au lieu d’interroger ses responsabilités dans l’effondrement actuel :
• perte de légitimité électorale,
• dérive autoritaire,
• instrumentalisation de la justice,
• militarisation du discours intérieur,
• dépendance accrue vis-à-vis des puissances étrangères.

L’Église n’a pas pour mission de sauver un régime.
Elle a pour mission d’éclairer les consciences.

  1. Monseigneur Muteba est dans son rôle, vous êtes dans l’évitement

L’homélie de Noël n’était pas un discours partisan.
C’était un cri pastoral, un appel à la vigilance nationale, un avertissement historique.

L’attaquer sans répondre à ses arguments de fond, c’est :
• refuser le débat,
• contourner la vérité,
• affaiblir la réflexion collective.

Conclusion

Monsieur le PCA,

On ne défend pas la souveraineté en attaquant ceux qui alertent.
On ne construit pas la paix en sanctuarisant des accords négociés dans l’opacité.
On ne protège pas l’avenir des générations en sacrifiant le présent sur l’autel des intérêts géopolitiques.

Monseigneur Muteba n’a pas parlé contre la RDC.
Il a parlé pour la RDC.

L’Histoire ne jugera pas seulement les paroles.
Elle jugera aussi les contournements, les silences et les complaisances.

Veuillez croire, Monsieur le Président du Conseil d’Administration, à l’expression d’une considération républicaine, mais aussi à la détermination d’un citoyen congolais à défendre la souveraineté, la dignité et l’avenir de la République démocratique du Congo.

Fait à Kinshasa le 26/12/25.

Moussa Kalema Sangolo – Zaku

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