sCapitale de la République Démocratique du Congo (RDC), la ville de Kinshasa semble condamnée à vivre dans l’insalubrité. Soixante-six ans après l’indépendance du pays, Kinshasa réunit tous les ingrédients pour mériter le triste titre de l’une des villes les plus sales non seulement du continent africain, mais aussi du monde.
Manifestement, les autorités provinciales donnent l’impression de s’accommoder de cette situation, malgré les critiques venues jusqu’au sommet de l’État. Cette fois-ci, les reproches ont même été relayés par la télévision nationale, à travers l’équipe de communication de la Présidence de la République.
Face aux conditions sanitaires devenues insoutenables dans la capitale, le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, n’a pas caché sa colère, samedi 23 mai, lors de la visite de plusieurs chantiers à Kinshasa.
Au marché central, communément appelé Zando, le président de la République n’a pu contenir son indignation devant l’état des avenues environnantes. Alors qu’il s’attendait à découvrir un environnement propre et assaini, Félix-Antoine Tshisekedi a été accueilli par des tas d’immondices. Furieux, le chef de l’Etat a lâché cette phrase : » Si vous n’avez pas le pouvoir, je vous dégage, et on nomme d’autres personnes ».
Bien avant l’arrivée du chef de l’État, des Kinois venus le saluer avaient carrément chassé des agents envoyés par l’Hôtel de ville pour balayer l’avenue Rwakadingi. Très connue des habitants de la capitale, cette avenue est précisément celle que Félix-Antoine Tshisekedi a découverte dans un état crasseux et pitoyable.
Ce manque de préparation ne s’est pas limité au centre-ville. Dans la commune de N’djili, où le Président de la République devait visiter les travaux de construction du stade municipal et procéder à l’inauguration de la nouvelle maison communale, les opérations d’assainissement ont été effectuées dans la précipitation.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le chef de l’État s’indigne de l’état de saleté dans lequel est plongée Kinshasa. Déjà, le 8 décembre 2025, devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès, Félix-Antoine Tshisekedi avait dénoncé la mauvaise gestion des déchets qui obstruent les caniveaux de la capitale, provoquant de graves inondations ainsi que des embouteillages monstres lors des pluies diluviennes.
Devant les députés nationaux, les sénateurs et les membres du corps diplomatique, le Président de la République avait souligné que ces dysfonctionnements mettent en danger la vie des habitants, notamment à cause des risques sanitaires liés aux maladies hydriques. Il avait également qualifié la crise de mobilité à Kinshasa non plus comme un simple désagrément, mais comme un véritable défi national de gouvernance nécessitant des décisions urgentes, coordonnées et courageuses.
Dans la foulée, il avait dressé un tableau sombre de l’insalubrité persistante et des embouteillages qui détériorent la qualité de vie des Kinois et ternissent l’image de la capitale. Il avait aussi exprimé sa préoccupation face à la montée du banditisme à Kinshasa et dans d’autres villes du pays, réaffirmant l’engagement du gouvernement à mettre fin à ce phénomène à travers des réformes et un renforcement des forces de police.
Près de cinq mois après cette interpellation du chef de l’État, l’autorité provinciale donne l’impression de ne pas avoir entendu la sonnette d’alarme tirée par l’autorité suprême.
Respecter et obéir au chef de l’État, ce n’est pas seulement l’appeler « Fatshi-Beton » à longueur de journée ; c’est aussi, et surtout, contribuer à la mise en œuvre de son programme d’action. Et puisqu’il ne peut être partout à la fois, chaque Congolais détenant une parcelle de pouvoir devrait s’employer à produire des résultats concrets.
Alors que le gouvernement central le décharge en finançant les travaux de voirie urbaine, l’hôtel de ville n’arrive pas à assainir la ville, malgré qu’il bénéficie d’un privilège direct plus que d’autres provinces. C’est d’ailleurs à ce niveau que de nombreux Kinois réclament la publication des enquêtes menées par la Vice-Primature de l’Intérieur et la Présidence de la République sur la gestion de la ville.
En attendant, une question taraude l’esprit de nombreux habitants de la capitale : pourquoi le chef de l’État, après avoir lui-même constaté que Kinshasa n’est pas dirigée de manière rationnelle ni conformément aux orientations de son autorité, ne sanctionne-t-il pas les responsables provinciaux ? Certes, certains opposeront l’argument selon lequel la gestion des provinces ne relève pas directement du chef de l’État, mais le constat de la mauvaise gouvernance de la capitale émane précisément de lui. Surtout, Kinshasa n’a pas le même statut que les autres villes du pays. Kinshasa est la vitrine de la RDC ; c’est ici qu’atterrissent les chefs d’État étrangers ou d’autres invités de marque du chef de l’État.
Pour rester en phase avec les Kinois, le chef de l’État devrait rendre l’ascenseur à cette population qui ne demande qu’à vivre dans un environnement digne. Pour y parvenir, Félix-Antoine Tshisekedi devrait parfois se faire violence afin de faire bouger les lignes dans la capitale.
Avec le constat fait lui-même sur terrain, le week-end dernier, sûrement que le chef de l’Etat a compris que Kinshasa pue, que Kinshasa ressemble à un bar à ciel ouvert où pullulent les terrasses ou les cargottes (communément appelés malewa), que les caniveaux de la capitale sont constipés, que l’image que présente Kinshasa est une honte pour les autorités tant provinciales que nationales, que Kinshasa ne brille que dans quelques parties de la Gombe… Aussi, Félix Tshisekedi devrait retenir que des images publiées sur les réseaux sociaux, montrant des endroits propres de la capitale, pour impressionner les gens, sont en réalité des tombeaux blanchis.
En Afrique, ce sont souvent les populations vivant dans les capitales qui influencent celles d’autres provinces. Bien plus, celui qui contrôle la capitale contrôle le reste du pays.
Rombaut KASONGO
Journaliste indépendant
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